Une Zinneke Parade 2020 réinventée #1 | Centre Culturel de Jette
ARTICLE FOCUS

Une Zinneke Parade 2020 réinventée #1

Du 14 mars à 09:30 au 31 août 2020 à 09:30

Focus normalement prévu dans la revue mai-août du NO

Informations

l.fournier@culturebruxellesno.be

Un projet à l'initiative de l'asbl Zinneke

Si la parade historique qui traverse Bruxelles tous les deux ans depuis l’an 2000 n'aura pas lieu le 16 mai comme prévu, son processus, en marche depuis presque un an, active des énergies créatrices et tisse des liens durables sur notre territoire...

(version PDF ici)

Pour son vingtième anniversaire, la Zinneke Parade ne défilera pas dans les rues de Bruxelles le 16 mai prochain. Mais l'asbl Zinneke n'a pas dit son dernier mot et ne compte pas se laisser abattre par la crise du Covid-19. Parce que même s'il n'est pas possible de se projeter actuellement dans le temps, l'envie de célébrer le vingtième anniversaire de la parade et de trouver des alternatives créatives pour rendre visible le travail mené avec les participants et participantes lors des ateliers est bien présente. Pendant la période de confinement, l'équipe de la Zinneke a donc décidé d'entrer dans une phase de concertation avec les partenaires et artistes qui ont joué un rôle dans le processus de création entamé en octobre dernier. Le 16 mai, ils dévoileront une action symbolique dans les rues de Bruxelles, mûrement réfléchie pendant la période confinée.

Du côté des centres culturels du Nord-Ouest bruxellois, l'envie de mettre en lumière le travail accompli est également bien présente, que ce soit lors des ateliers organisés par les centres culturels de Jette et d'Archipel 19 ou les associations partenaires. Parce que chaque semaine depuis le mois de janvier, plusieurs groupes se retrouvent, se rencontrent, tissent des liens, échangent des idées, font converger leurs énergies pour construire la première Zinnode du Nord-Ouest.

L’idée d’une Zinnode du Nord-Ouest de Bruxelles a émergé au printemps dernier. Fortes d’une douce et nouvelle effervescence, les communes de Jette, Ganshoren, Koekelberg et Berchem-Sainte-Agathe constituent un terrain de jeu parfait pour lancer des projets collectifs et durables.

Au fil des réunions, les partenaires se sont multipliés, les idées, les envies et les possibilités se sont précisées.

à partir du mois de novembre, nous avons commencé à réunir des habitants et les groupes se sont formés, pour démarrer officiellement en janvier 2020. Ateliers costumes avec les couturières d’Artisanat Rencontre à Koekelberg, répétitions musicales le dimanche par la Philharmonie Royale de Jette, travail chorégraphique intergénérationnel pour les jeunes de Mosaic et les résidents du home Magnolia, travail corporel avec les femmes du centre Croix rouge de Jette, ateliers ouverts à Berchem et Jette où les participants ont pu toucher à tout et ont fait circuler les créations.

On s'est retrouvé aussi collectivement, et c’est surtout dans ces moments - là que la magie Zinneke a commencé à opérer.

Un samedi de février, un cortège improbable traversait les rues presque désertes qui longent le bois du Wilder. Des femmes migrantes, des enfants de la maison de jeunes, des habitants du quartier, des artistes, étaient accrochés ensemble dans une structure de tissu qui se tire, se tisse et se déchire, pour partir à la recherche d’un loup imaginaire en chantant en canon des comptines belges et érythréennes.

Pendant la semaine de carnaval, les enfants de la maison de jeunes de Ganshoren étaient aux commandes d’une construction mobile et collective. Avec eux, on a parcouru le territoire et fabriqué une grosse tête de loup pour orner notre char. Morceaux de palette récupérés, grillage, tissu blanc, les éléments se sont ajoutés au fur et à mesure et la tête a pris forme petit à petit.

Un peu plus tard, en mars, au GC De Zeyp, on était presque cinquante, et la musique de la Philharmonie donnait le ton. Le répertoire mélangeait le thème de Tetris, Michael Jackson et des compositions plus personnelles et déstructurées. On appliquait en rythme des couleurs sur de la toile, et on ajoutait le mouvement. Ça commençait vraiment à ressembler à un début de spectacle, et surtout, on sentait une énergie qui se diffusait et nous dépassait. Quelque chose à la fois fort et joyeux, sincère et durable.

Pour contribuer à limiter la propagation du coronavirus, toutes les rencontres ont été annulées depuis mars. C’est un coup dur et presque violent, mais la mobilisation se poursuit. Le groupe de l’Armillaire continue à échanger à distance et réalise des vidéos collectives. La Philharmonie de Jette organise des petits concerts devant le home Magnolia. Et la grande tête de loup, qui devait orner le char du cortège, se prépare à arpenter les rues du Nord-ouest pour relier symboliquement les participants.

Avec de nombreuses questions et beaucoup d’inconnues, les équipes réfléchissent aux manières de réinventer la parade. Et quel que soit le scénario, ce qui est né ici, entre ces habitants, ces artistes et ces associations est la promesse de suites nouvelles et stimulantes pour notre territoire

 

 

Les ateliers Zinneke du centre croix-rouge de jette

Cette année, le centre Croix-Rouge de Jette, qui accueille des femmes demandeuses de protection internationale, a décidé de rejoindre le projet de la Zinnode du Nord-Ouest. Elles viennent d’Amérique latine, d’Erythrée, du Nigéria, de la Mauritanie, de la Guinée, de la République Démocratique du Congo, de Somalie, d’Irak, de Syrie, d’Afghanistan. Chaque semaine depuis janvier, encadrées par les deux artistes coordinateurs de la Zinneke Parade, Peter Veyt et Julie Michaud, elles travaillent sur le rythme, la danse et les sons que produisent leurs voix. Marie Moreau, collaboratrice sociale du département accueil des demandeurs d'asile Croix-Rouge, a déjà participé deux fois à la Zinneke Parade. Pour cette édition, elle avait envie de partager avec les femmes résidant au centre sa joyeuse expérience de la Zinneke Parade. Pour qu'elles aussi aient accès à un événement culturel bruxellois d'une certaine ampleur. Pour qu'elles rencontrent des habitants de leurs communes. Et pour que les habitants de leurs communes aient un autre regard sur ces femmes.

« Quand on a un passé terrible et un avenir flou, impossible à prévoir, il est très important d’avoir un présent le plus agréable possible où l’art, la joie, le plaisir de se sentir humain parmi les humains prennent le dessus », explique-t-elle.

 

PHOTO : crédit : Tristan Locus